Avant même de participer à l'Histoire, celle des hommes et des civilisations, la châtaigne édifie sa propre histoire. Patiemment, elle inscrit dans l'espace et dans le temps son lent cheminement de bourgeon en fleur, de fleur en fruit. La plus précoce apparaît à la fin de l'été, la dernière annonce la certitude de l'hiver. Les fruits sélectionnés pour leur qualité gustative, leur aptitude à l'épluchage et à la conservation, proviennent exclusivement de la châtaigneraie cévenole, où les arbres Castanea sativa souvent, plusieurs fois centenaires produisent des fruits non cloisonnés appelés marrons.
Le châtaigner est probablement originaire des zones tempérés d'Asie Mineure et d'Europe. On en a d'ailleurs retrouvé des traces forts anciennes en Dordogne et en Ardèche, dans des sites archéologiques de l'époque glaciare. La châtaigne a longtemps représenté une ressource alimentaire importante pour les populations de régions aussi diverses que le massif Armoricain, le massif Central, la Corse, le Portugal. A la fin du XIX° siècle, avec l'exode rural, et l'apparition de graves maladies dans les exploitations, commence le lent déclin des châtaigneraies.
Aujourd'hui, la consommation de châtaines fraîches est surtout ponctuelle et saisonnière : elle est passée du statut d'aliment de base à celui d'aliment "coup de coeur".
Des feuilles et une châtaigne fossilisées découvertes à Saint-Bauzile Ardèche ont été datées à 8,5 millions d'années ère tertiaire. Indigène en Europe sous sa variété Castanea Sativa, on accorde au châtaignier des origines transcaucasiennes, voire perses. Les premières châtaigneraies virent le jour lorsque les hommes surent maîtriser les techniques de la greffe, du bouturage et de la taille. Mais la véritable mise en culture du châtaignier ne remonte en réalité qu'au Moyen âge même s’il s’agit plutôt, comme dans le cas de la vigne, d'une renaissance des châtaigneraies, auparavant provisoirement effacées devant les invasions barbares.
La première extension de la culture du châtaignier semble s'être produite au XVIe siècle mais c'est au XVIIIe siècle qu'elle prendra un nouvel essor, après avoir été momentanément arrêtée par les très fortes gelées du début de ce siècle, qui l'ont affectée comme elles ont affecté oliviers et vignes. Au fil du temps, le châtaignier a trouvé son aire de développement dans l'arrière-pays méditerrannéen. |