L'origine de l'Armagnac reste mystérieuse bien que l'on sache que ce sont les Romains qui implantèrent la vigne dans nos régions un siècle avant notre ère. En attestent des mosaïques retrouvées à Séviac représentant des feuilles de vigne et des grappes de raisin. Pendant 12 siècles, nul ne peut dire ce qu'il advint de cette pratique culturale.
En 1225, un médecin du Pape dévoile le secret de la distillation probablement emprunté aux civilisations arabes. On découvre une oeuvre d'art qui lui est consacrée, c'est la belle mozaïque de Séviac. Le premier écrit connu à ce jour mentionnant l'existence d'un alambic date du XIIIe siècle.
La première eau de vie d'armagnac est apparue dans les écrits en 1411 sous le nom d'Aygue Ardente, ou "eau de feu". Un manuscrit conservé à Auch et daté de 1441 signale 30 utilisations possibles de l'armagnac comme médicament : "Si l'homme boit l'armagnac, il aiguise l'entendement et rend bonne mémoire, conserve jeune, donne la joie et l'allégresse". Cette utilisation médicamenteuse a été relevée jusqu'au XVIIIe siècle. D'aucuns prétendent que ses vertus anti-mélancoliques sont toujours d'actualité. Un autre traité consacré aux moyens de conserver une éternelle jeunesse affirme: "L'armagnac est un élixir de longue vie susceptible d'arrêter le vieillissement".
La distillation et la commercialisation atteignent leur apogée au XIXe siècle. Vers 1878, le phylloxera détruit la quasi-totalité du vignoble. Cependant, petit à petit, la vigne se réinstalle dans Armagnac et c'est en 1909 qu'un décret délimite la zone de production de cette eau-de-vie à Appellation d'Origine Contrôlée.
La majeure partie de la région de l'armagnac, qui totalise 15000 hectares de vignes, recouvre la moitié ouest du département du Gers même si elle déborde sur les Landes jusque aux contreforts de la forêt et sur le Lot et Garonne autour de Nérac. Elle est traditionnellement découpée en trois zones s'emboîtant.
Le Bas-Armagnac d'une surface de 8000 hectares est sablonneux dans sa partie landaise et argilo-siliceux on parle de terres boulbène, dans sa partie gersoise. Très peu de calcaire ici. Les eaux de vie produites sont riches et onctueuses.
L'Armagnac Ténarèze d'une surface de 6500 hectares s'étend en demi-lune du Néracais à la région de Vic-Fezensac et s'appuie sur un sol essentiellement argilo-calcaire que les Gascons appellent "Peyrusquet". Les eaux de vie y sont plus corsées et demandent deux ou trois décennies pour libérer toutes leurs richesses.
Le Haut-Armagnac est la plus septentrionale, la plus vaste et la plus enveloppante des trois régions. Pourtant, aujourd'hui, on n'y recense que 500 hectares de vignes. C'est une région qui sera vraisemblablement restructurée prochainement pour mieux coller à la réalité. Le sol essentiellement calcaire y produit des eaux de vie vives et à boire jeunes. |