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Jeudi 16 Octobre 2008
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Accueil > Produits Gastronomiques > Vins > Vin de Sancerre
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VIN DE SANCERRE
IDEES ACCOMPAGNEMENTS

Comme de gros scarabées, les tracteurs enjambeurs avalent la pente entre les vignes. La campagne s'est remise à bourdonner du bruit des moteurs.

La pause se termine dans l'unique ruelle montante de Chavignol. Assis sur le bord du trottoir, au soleil, un groupe de vendangeurs plaisante. On a un bon patron, lance Paul. Ça, on verra au moment de la paye, lui répond Axelle, une grande fille toute en noir.

Accès
Sancerre (Cher), 1 950 habitants, est situé à 10 km au sud de Cosne-sur-Loire (Nièvre), sur la rive gauche de la Loire. Depuis Paris, prendre l'autoroute A77 jusqu'à Cosne-sur-Loire.

Etapes. Plus de 70 gîtes ruraux, une dizaine de gîtes d'étape existent dans un rayon de 40 km autour de Sancerre. Une trentaine de logeurs offrent des chambres d'hôte. Week-end dans des gîtes ruraux à partir de 80 €.


L'adresse
Hôtel de la Loire, 2, quai de la Loire, à Saint-Thibault (Cher), à 2 km de Sancerre, sur les bords du fleuve.

Dans cet hôtel séjourna Georges Simenon. Il y écrivit deux « Maigret ». On peut louer la chambre qu'il occupa (65 €). Tél. : 02-48-78-22-22. Internet : www.hotel-de-la-loire.com

Visites
Le vignoble s'étend sur 2 800 ha dans 14 communes. 400 vignerons (exportant près de 50 % de leur production). La possibilité d'extension du vignoble est réduite.

Une route touristique traverse les vignes. Le hameau de Chavignol est situé au fond d'une cuvette dominée par des coteaux abrupts.

Flâner aussi dans les vieilles rues de Sancerre, sur son piton, qui gardent un vrai cachet sans être submergés par les échoppes pour touristes.

Points de vue sur la Loire, notammentdepuis la petite esplanade de la bibliothèque municipale.

Vins
La liste des producteurs est disponible dans les offices de tourisme et au BIVC (bureau interprofessionnel des vins du Centre), route de Chavignol, 18300 Sancerre.Tél. : 02-48-78-51-07. Internet : bivc@wanadoo.fr

Lectures
Histoire mémorable de la ville de Sancerre, par Jean de Léry. Celui-ci était originaire de la Bourgogne proche. Cette relation du siège de 1573, éditée en 1574, ne se trouve plus que dans les fonds anciens des bibliothèques.

Elle mériterait une réédition, car elle se lit comme un reportage. En revanche Le Voyage fait en la terre du Brésil, de Jean de Léry, est un classique, depuis que Claude Lévi-Strauss, qui le considérait comme le bréviaire de l'ethnologue, l'a remis à l'honneur dans Tristes tropiques. Guide Châteaux de la Loire (Le Routard, Hachette), 456.

Informations
Office du tourisme de Sancerre. Tél. : 02-48-54-08-21 ; Internet : www.ville-sancerre.com. Syndicat mixte du pays Sancerre-Sologne. Tél. : 02-48-73-99-01. Internet : pays-sancerre-sologne. com

Futur proche...
Cette mère de cinq enfants, qui vient de la Nièvre chaque jour pour arrondir ses fins de mois, vit peut-être sa dernière vendange.

Les vignerons sancerrois ne font pas la fine bouche devant le modernisme.

Une machine à vendanger peut supprimer aujourd'hui jusqu'à cinquante vendangeurs.

Du haut de "la montagne de Sancerre" dont le sommet culmine à 312 m, où s'accroche la ville, le regard plonge sur deux spectacles :

la Loire, qui musarde dans le Val, et la vigne, qui s'enroule comme une écharpe autour de la vieille cité.

Avant de s'enfermer dans leurs caves pour mijoter le nouveau cru, les Sancerrois sont encore sous le choc de la récolte 2003. Ils croyaient tout savoir sur leurs vignes.

L'été de feu dévastateur a produit un vin que l'on n'avait jamais vu, quasi méditerranéen.

On pensait que les arômes disparaissaient sous le coup des fortes chaleurs, explique Benoît Roumet, du bureau interprofessionnel des vins du Centre (BIVC), à Sancerre.

En fait, le vignoble n'a pas vraiment souffert de la sécheresse, mais de la canicule. Le 17 août 2003, on s'en souvient comme d'un jour béni où il a plu 30 mm.

La mécanique de la vigne a été relancée.

Résultat, on a eu un Sancerre d'année chaude, un vin sudiste pour les rouges, poursuit ce technicien, encore tout admiratif. On a surtout réappris que la vigne est une plante fabuleuse.

La règle est presque immuable. D'ordinaire, on vendange cent jours après l'apparition de la fleur.

Là, on a vendangé 80 jours après. La vigne a pris un coup d'accélérateur complètement fou, dit-il.

Comme surprise par son coup de folie, la plante a repris ensuite son cycle normal.

Les feuilles sont tombées en novembre. La capacité de régulation de la vigne est étonnante, s'exclame-t-il encore.

Depuis 1893, on n'avait pas vu dans le Sancerrois de vendanges aussi précoces. Nul doute qu'en 2004, la météo ayant été plus sage, le vin redeviendra orthodoxe.

Mais, prédit Benoît Roumet, les conditions extrêmes de 2003 joueront en 2004 et les années suivantes.

Il y a une mémoire de la vigne.

Grâce au coup de chaud de l'an passé, les vignerons redécouvrent les vertus de l'observation de leur plante magique.

D'habitude, par exemple, on effeuillait la vigne pour que les grappes voient bien le soleil. Si vous effeuillez trop, ça vous grille le raisin, note André Dezat, viticulteur à Verdigny.

Le travail de la cave n'assure pas la réussite. Si on rentre un mauvais raisin, toute la meilleure technologie ne fera jamais un bon vin, rappelle M. Roumet.

Autrefois, depuis des lustres, on faisait les choses sans trop savoir pourquoi. C'était l'expérience...

La vendange se faisait de façon géographique. On commençait par un bout. A présent, le vigneron organise sa vendange en fonction des parcelles, des sols, de l'état de la feuille, de l'âge de la vigne.

Il y a une «écoute» de la vigne et du raisin que l'on n'avait pas il y a quinze ans, dit-il.

La saga sancerroise est au moins millénaire. La vigne était présente lors du fameux siège de Sancerre en 1573, où les catholiques affamèrent avec une belle cruauté les habitants, qui étaient protestants.

Jean de Léry (1534-1613), qui avait participé à la fondation de Rio de Janeiro lors d'une expédition française au Brésil en 1556, et qui se trouvait au milieu des assiégés sancerrois, fut témoin même d'une scène d'anthropophagie.

Il fit le récit du siège comme un reportage. Un historien rapporte qu'avant d'être enfermé au Temple Louis XVI se remontait d'un doigt de sancerre, dont ses caves étaient pleines.

On crut pourtant, à la fin du XIXe siècle, qu'il en était fini du vin, à cause du phylloxéra.

On planta par hasard du sauvignon, un cépage blanc, alors que jusque-là on produisait du rouge, et on s'aperçut qu'il avait trouvé sur cette butte calcaire un terrain de prédilection.

En 1936, le sancerre fut classé dans la noble famille des AOC. Avec une réputation de vin populaire, non pas à cause du Front, mais parce qu'il était dégusté sur un coin de comptoir dans les bars parisiens.

Les Sancerrois de Paris, l'association existe toujours avaient eu une idée de génie.

Le dimanche, ils faisaient la tournée des bistrots, en criant bien fort :

Un sancerre ! C'était un vin de cocher, résume René Laporte, historien-vigneron, ancien maire de Saint-Satur, au pied de la "montagne".

Dans les années 1960, une nouvelle génération de vignerons retrousse ses manches et décide de se professionnaliser.

Faut voir la misère qu'il y avait dans le vignoble, se souvient André Dezat, 77 ans. Les vignerons montaient à Paris avec des valises pleines de bouteilles pour faire du porte-à-porte, se rappelle un autre viticulteur.

Aujourd'hui, le sancerre a réussi un autre tour de force. Il se trouve aux côtés des crus les plus huppés dans les grands restaurants et sur les tables les plus aristocratiques. Tout en restant au coin du bar.

En vingt ans, on est passé du Moyen Age au XXIe siècle, je n'ai pas honte de le dire, reconnaît André Dezat, dont les bouteilles ornent à présent la table de la reine d'Angleterre.

Aujourd'hui on est resté très solidaires, parce qu'on s'est soutenu dans les moments où ça n'allait pas.

Le discours oenologique savant, proféré par les instituts du goût ou de doctes chefs de cuisine suscite ici une légère ironie.

Le sancerre, on n'a pas besoin de l'interroger. C'est un vin qui parle tout seul. Il monte au palais tout de suite, dit joliment René Laporte.

Notre vin est facile d'accès. Le néophyte, comme la personne branchée, ne peine pas trop pour l'apprécier. Il n'y a pas de recherches intellectuelles à faire, estime Benoît Roumet.

Ce n'est pas péjoratif, mais certains vins méritent une explication. Il faut parfois donner des pistes aux clients, parce qu'ils sont un peu perdus. Mais il ne faut pas en rajouter sur le mystère du vin.

Pour définir un vin, les Anglo-Saxons parlent de sa drinkability, c'est-à-dire de sa buvabilité. Nous sommes complètement dedans avec le sancerre. Il a une attaque franche, mais il remplit bien la bouche.

Daniel Chotard était instituteur. Au début des années 1990, il a défroqué pour reprendre les vignes familiales, à Reigny.

Certains ont eu des doutes, en voyant un prof, sourit-il. Aujourd'hui, le voici vice-président de la puissante Union viticole sancerroise. Pour attirer les clients, il organise des concerts de jazz dans les Caves de la Mignonne, haut lieu sancerrois.

Le discours sur le vin est parfois tellement alambiqué, que cela peut donner des complexes aux clients. Un vin sert à mettre du plaisir sur une table. On n'a pas besoin de sortir du conservatoire pour aimer la musique et acheter le disque, dit-il.

Les vignerons ont des formules plein la bouche pour définir un bon vin. C'est lorsque le premier verre en appelle un second. Ou encore : Il n'y a pas de grands ou de petits vins, il y a des vins pour toutes les occasions.

Daniel Chotard redevient un peu professeur : Avec le même stylo, certains font une mauvaise dissertation, d'autres écrivent des poèmes.

Régis Guyotat
Article paru dans l'édition du 28.10.04
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