Le Dashi la nouvelle mode culinaire

Ingredients du dashi

Il fait frémir l’avant-garde étoilée et s’annonce comme le prochain défi à relever pour les foodistes très motivées. Le dashi, est obtenu à partir d’algues kombu et de bonite séchée, ce fumet ancestral est une science en soi.

Le dashi

Prenez des notes !« C’est le thé de la mer. Quand je le bois, ce bouillon me donne cette impression extraordinaire d’’être bon pour ma santé. Il y a une dimension spirituelle dans ce liquide ! »

Amoureux inconditionnel du Japon, Michel Troisgros s’y rend régulièrement depuis plus de trente ans. Le dashi, qui se traduit littéralement par « le jus sorti des produits », a longtemps été la base de l’’un de ses plats signature : un cabillaud poché dans ce fumet, puis servi avec des algues kombu et accompagné de riz Koshihikari.

Cet hiver, l’élégant bouillon clair composé d’’algues et de poisson fumé et séché se taille la part du roi dans les cuisines des grands chefs. En novembre, au festival Gastronomika de Saint-Sébastien, le rendez-vous de la gastronomie créative sous la férule de Ferran Adrià, trois chefs new-yorkais ont enchaîné les dashis pendant leurs démos : David Chang de Momofuku, David Bouley, pourtant plus connu pour sa french touch et Wylie Dufresne du wd-50.

Plus qu’une toquade tendance!
C’est en effet à partir d’un simple dashi qu’un chimiste japonais découvrit l’umami, la cinquième saveur fondamentale, au début du siècle dernier. Véritable exhausteur de goût, comme l’explique Toshiro Kuroda, l’umami révèle les ingrédients avec lesquels on marie le dashi. C’est pourquoi, comme l’explique Sakura Franck, la chef du restaurant Sous les cerisiers, « le dashi est une base de la cuisine japonaise ». Et la meilleure qui soit, selon Kaori Endo, pour confectionner un bouillon qui mettra en valeur les nouilles soba. Mais chez Nanashi, son nouveau restaurant, Kaori ne prépare pas de dashi : « C’est une cantine, cela reviendrait bien trop cher ! »

Jamais de dashi en granulés !

Simplement trois ingrédients sont nécessaires, mais pas des moindres. D’abord de l’eau, qui se doit d’être de source et très pure.
« Certains chefs japonais utilisent parfois de l’eau de Volvic », précise Michel Troisgros…
À bon entendeur ! Puis, des algues kombu séchées, un processus qui dure au moins un an, ce qui explique leur prix
élevé : 8,70 € les 40 g (environ quatre feuilles) au Workshop Issé. Il en existe différentes variétés. Toshiro Kuroda conseille pour sa part les ma-kombu, parfaitement équilibrées, à choisir très noires, épaisses et sans
trou. Enfin, il faut de la bonite séchée, impossible à dénicher en France lorsqu’elle se présente en filet, une sorte de bâton gris-noir aussi dur que la pierre. Si les puristes insistent sur le fait que cela n’a pas la même saveur, la bonite est quand même tolérée en copeaux que l’on trouve dans la plupart des épiceries japonaises.

Ces trois ingrédients réunis (le kombu est infusé dans un premier temps, puis la bonite) et cuits doucement deviennent le dashi, à boire tel quel, à agrémenter de sauce soja, de mirin ou de miso pour une base de soupe, ou à mélanger à un jus d’agrumes pour napper un poisson. Une fois le bouillon maîtrisé, Kaori Endo insiste sur les modulations possibles : « Je prépare un dashi très corsé en bonite, auquel j’ajoute du mirin et de la sauce
soja. Le résultat laque parfaitement un foie gras poêlé. » Pour les végétariens, la bonite peut être remplacée par des shiitakés séchés, plus faciles à trouver mais chers aussi. En aucun cas il ne semble possible d’utiliser des granulés de dashi, équivalents des bouillons en cubes et vendus dans les épiceries japonaises. Au pire, concède Toshiro Kuroda, « des sachets à infuser », mais alors, pas de secret : choisissez les plus chers (12 € le sachet, au Workshop Issé).

Allons enfants de la patrie…Episode 8

Le chant du départ…
Pour le moment tout va bien pense t-il. De l’extérieur ils sont parfaitement invisibles. Il faudrait être tout prêt pour les apercevoir. Pierrot a écarté les roseaux de sa main. D’’où ils sont, ils peuvent observer la grande bâtisse.

Ils se sont allongés à plat ventre sur la berge du ruisseau et regardent en silence le paysage. Ils épient chaque mouvement venant de la maison. La grande maison en pierres de taille a le haut noirci par les fumées qui sortent des cheminées au-dessus du toit. Elle est parfaitement entretenue. Des pots de géraniums embellissent les fenêtres juste repeintes. Autour de l’’escalier de pierres taillées, de grandes coupoles en ciment débordent de lys bleus et blancs, d’’autres ont des lierres, qui retombent comme une nappe fripée autour d’une table ronde.
De magnifiques statues patinées par le temps, pleines de grâce s’élancent vers le ciel dans une harmonie de formes douces. La pelouse du parc est taillée ras. Pas une herbe ne dépasse du tapis vert, pas une feuille ne la souille. De petits passereaux sautillent, en picorant quelques uns de ses habitants rampants, de petits vers sans doute.
Tout autour de la grande maison les jardiniers ont crées une fresque de fleurs diverses. Il y a de magnifiques tulipes multicolores qui se dressent au bout d’une longue tige verte, belles et altières, fières d ’être là. A côté, de magnifiques massifs de roses aux couleurs éclatantes courent sur le sol, d ’autres grimpent le long des croisillons de bois et habillent une tonnelle. Ce sont des roses trémières, espèce rare par ici dont le parfum embaume le parc à plus de 100 mètres. Vers la piscine des roses rouges, pourpres, blanches jaunes sont autant de taches joyeuses dans ce décor de rêve.
Le voyage vaut le détour…
Devant le perron, la limousine est toujours à la même place. Tapioca tapote l’ épaule de Pierrot et lui montre du doigt le fond du parc. Une équipe de trois ou quatre personnes s ’affèrent autour d ’une toile immense , affalée sur la pelouse, à côté d ’un grand panier d’osier, grand comme une charrette à foin. Tout est posé sur le sol, attaché à de gros filins de chanvre.
Pierrot montre la piscine, le vieux docteur somnole toujours. Il est plongé dans un demi-sommeil et se laisse bercer par les doux rayons du soleil. Il récupère difficilement de son long voyage chez les moines tibétains. Il a appris des tas de choses à leur contact. Il est très satisfait et souhaite pouvoir s ’en servir auprès des autres hommes. Il doit maintenant méditer, pour mieux se pénétrer de cette science, qui rend l ’homme invulnérable dans ce qu ’il a de meilleur. Mais cette science se travaille, il faut maintenant l’ exploiter.
Les choses se gâtent…
Il ne remarque pas de suite que ses chiens s ’agitent. Quand ils se mettent à grogner il ouvre les yeux :
« silence les chiens », leur dit-il.
Il est pourtant étonné, et fronce les sourcils, jamais ils ne se manifestent sauf si quelque chose d’ anormal se trame. Réveillé, il s ’assoit pour observer les alentours et regarde ses chiens qui hument l’air tous du même côté avec insistance, comme pour prendre le vent.
Tiens pense t’il, c’ est bizarre, que se passe t-il ? Les enfants n ’avaient pas prévu ce phénomène. Une légère brise souffle en travers du parc, et le flair des chiens a repéré l ’odeur de l’eau de Cologne de Tapioca qui n’hésite jamais a s’asperger au grand dame de sa Maman et des autres qui la côtoie. L’odeur de ce parfum est porté par le vent jusqu’aux chiens qui l’ont vite repérée.
Aux aguets, ils se sont assis, inquiets. Cette fois le docteur en est sûr, il y a quelque chose d’ anormal. Il regarde autour de lui, mais ne voit rien.
– “Cherche le chien, cherche le vieux, dit-il aux molosses qui n’attendaient que ça et n ‘en demandaient pas tant.
La chasse à l’homme…
Les chiens aboient et se mettent à courir en rond en remontant le vent. Il y a quelqu’un dans le parc se dit e Docteur qui sait que la pelle du lavoir n’a pas été remise par les cantonniers qui curent le ruisseau. Ce fait insolite, a alerté tous les employés du docteur et chacun accourt pour lui demander ce qui se passe. Le tohu-bohu est rarement de mise au château.
Les enfants qui assistent à la scène sont paralysés par la peur, ils n’ osent ni reculer, ni avancer. Ils restent immobiles, cloués sur place. Jupiter le plus gros des chiens est déjà dans le potager et se dirige droit sur le ruisseau. Il l’ enjambe d ’un bond mais, en se retournant, son flair perçoit une odeur bizarre qu ’il ne connaît pas.
Elle ressemble à celle ressentie près de la piscine. Il aboie, et s’arrête net. Il rebrousse chemin, descend dans le ruisseau, va jusqu’ au mur et le traverse par l espace laissée par la pelle vacante et se retrouve dans le lavoir. Il aperçoit les chaussures, les pulls et le sac de Tapioca, reconnaît les odeurs et aboie avec beaucoup d’insistance, satisfait. Il entend une voix qui l ’appelle de l’ autre côté du mur.
C ’est le gardien:
– « Jupiter, reviens ». Il aboie une nouvelle fois et fait demi tour. Les enfants tapis dans les roseaux ne peuvent ni être vus ou même aperçus, mais, Jupiter a retrouvé leurs traces , les enfants sont tétanisés.
Dans quel guêpier se sont-ils mis ? Le gardien appelle le chien qui se couche à ses pieds en grognant. Il le caresse, lui tapote la tête, cherche le vieux, cherche. Le chien remue la queue, fier de la confiance de son maître.
La lutte est inégale, ils semblent pris au piège…
Un talckie-walkie crépite.
Mr Ralph:
– « Da docteur ici Ralph
Le docteur:
– « Avez-vous trouvé quelque chose ?
Ralph:
Si Her docteur, Jupiter a retrouvé des traces dans le ruisseau, des gens sont entrés par la pelle du lavoir, je pense que ce sont des enfants herr Doctor.
Le Docteur courroucé:
– « Attrapez les immédiatement, et ramenez-moi tout ce petit monde ici. En voilà autre chose, décidément le village ne le laissera jamais en paix…
Le docteur siffle Mercure et vénus, les deux autres chiens. Ils le suivent vers le ruisseau. Déjà Jupiter l ’a remonté et se trouve à cinquante centimètres des fesses de nos petits aventuriers. Les plus petits pleurent, des larmes coulent sur leurs joues. Ils se serrent contre les plus grands qui n’ en mènent pas plus large.
Ralph a couru derrière Jupiter et l ’a stoppé net. Il a bien fait car le chien n ’aurait qu ’une bouchée des gamins. Le chien fier de sa découverte, attend les caresses méritées de son maître ce que ne manque pas de faire le Docteur Melchior à son arrivée.
L’Arrestation:
Le Docteur:
– « Tu es un bon chien ».
Le chien sait que ce soir sa pâtée sera doublée.

Le Docteur Melchior:
– «Mais qu’est-ce que c’est que ça dit il en apercevant les petites têtes apeurées en larmes.
Mais il éleve la voix.
– « Allez, sortez d’ici, bande de petits vauriens, vous allez voir ce qu ’il va vous arriver.
En entendant ces mots, les larmes redoublent sur leurs joues et leur panique est terrible.
Le Docteur Melchior:
“Et en plus, ils pleurnichent comme des fillettes. Maintenant, ce sont des enfants qui m’envahissent, mais que vais je donc encore endurer de ce village.”
Les enfants ne répondent pas, ils sont bloqués.
Le Docteur Melchior:
Mais ils sont muets, dit-il.
Tous les gens du château présents dans le jardin entourent le père Melchior et contemple la scène sans un mot.
Le jardinier et le gardien attrapent les enfants et les sortent du ruisseau un par un. Le jardinier pense en silence:
“ça je me doutais bien que cela arriverait un jour”
Le Docteur Melchior:
Aller, au château, ramenez tout ce joli monde.
Les enfants suivent le vieux Monsieur en baissant la tête, le gardien et le jardinier ferment la marche. Ils sont entourés par les chiens qui montent la garde. Toute retraite est désormais impossible.

Le Docteur Melchior:
– « Gunther

Gunter:
– « oui her docteur”

Le Docteur Melchior:
– «Les enfants sont rentrés par le lavoir”
Gunter:
– «je le crois herr docteur”

Le Docteur Melchior:
-” je veux que la pelle soit fermée immédiatement.”

Gunter:
-” Oui, Her Docteur; mais pour le nettoyage du ruisseau “?

Le Docteur Melchior:
– “Mettez-y les chiens jusqu’à ce que le travail soit terminé. Je ne veux pas que cet incident se reproduise.

Gunter:
– Bien Her docteur.
Le Docteur Melchior:
– Merci Gunther exécution.
Le vieux Monsieur rejoint son fauteuil près de l a piscine et s’assoit. Son courroux est tombé. Il a de la pitié pour ces garnements. En y réfléchissant c’est peut être pour lui l’aubaine qu’il attend depuis longtemps. Il va convoquer le maire, les gendarmes, les parents des enfants et leur rendre leur progéniture.
Mais, auparavant, il faut qu’il ait une discussion sérieuse avec eux pour faire cesser toutes les médisances colportées contre lui. On a forcé sa porte sans y être invité, c’est le moment d’en profiter. Auparavant, il doit réfléchir.
L’interrogatoire…
Tout d’abord, il doit poser quelques questions aux enfants. Il prend sa grosse voix et s’adresse à Pierrot.
Le Docteur Melchior:
– Qui es-tu toi ?
De sa voix chevrotante, Pierrot essaie d’articuler.
Pierrot:
“- Pierrot Hillairet et voici mon petit frère, Gros sel.
Le Docteur Melchior :
“- Bravo, Hillairet, elle bien bonne celle là, mon pire ennemi dans le village à qui je n’ai jamais rien fait. Alors, on fait des bêtises en famille chez les Hillairet, mais articule, je ne comprend pas ce que tu dis. Comment s’appelle ton petit frère? – Pierrot :
Gros sel, Monsieur.
Le Docteur Melchior :
-“Gros sel ce n’est pas un prénom.
Pierrot :
-“Oui peut-être mais on l’appelle comme ça.
Le Docteur Melchior :
-“C’est idiot. Ton père c’ est bien André Hillairet, le gros agriculteur”.
Pierrot:
– Non mon Père n’est pas gros Monsieur, mais c’est bien lui l’agriculteur.
– Le Docteur Melchior :
– Appelle-moi docteur, s’il te plait. C’est mon titre et j’y tiens.
Pierrot:
– Bien Monsieur le docteur.
Le Docteur Melchior se retourne vers son majordome et lui dit :
– “C’est un communiste, il nous a refusé du foin et de la paille il y a deux ans”.
Le docteur Melchior jubile de plaisir. Il la tient, sa revanche. Il va bien s’amuser, cette affaire le déride et elle vient à point.
– Le Docteur Melchior :
-” Et toi, qui es-tu” ? dit il en s’ adressant à Tapioca
Tapioca:
-” Je m’appelle Tapioca, je suis la fille du boulanger.
– Le Docteur Melchior :
– “Et comment s’appelle tes parents ?
Tapioca:
– Mr et Mme Apercé. Ce sont eux qui nous livre du pain tous les jours. Tes parents font du bon pain, c’est bien. Ce sont de bons ouvriers. Le boulanger est le seul commerçant qui fournit encore le château. Il n’entre pas. Un sac en toile de jute est accroché à la grille chaque matin avec la commande et l’argent qui correspond. Quand le boulanger passe avec sa camionnette, il n’a qu’à lire le papier et mettre le pain correspondant à la commande dans la poche. Il klaxonne pour signaler son passage. surtout quand il pleut pour éviter que le pain ne soit trempé.
– Le Docteur Melchior :
– “Et toi dit il en s’adressant à Saucisse qui tremble de peur”?
Saucisse:
– “Moi, je suis Saucisse, le fils de Mr Bréliau le charcutier”.
– Le Docteur Melchior :
– “Et toi, le petit dernier qui te cache derrière Tapioca, qui es-tu” ?
Gros lard:
– “Je suis Gros lard, mon papa et ma maman travaillent à l’usine. Il s’appelle Mr Poirier”.
– Le Docteur Melchior :
– “Ton père est conseiller municipal je crois”.
Gros lard:
– “Oui, docteur. Il s’occupe des sports”.
– Le Docteur Melchior :
– “Je le connais, il a négocié avec moi un bout de terrain il y a quelques années avec Maître Saubagné, le Notaire”.
– Le Docteur Melchior :
– Bien , les présentations sont faites. – Moi, je suis le docteur Melchior d’Altus, Prince du temps. Bienvenue au château des mystères.
Les enfants commencent à reprendre confiance, il a l’air gentil, ce vieux Monsieur malgré son courroux. Mais comment les choses vont-elles se terminer, ce n’est pas évident. Il est encore trop tôt pour le savoir.
Le docteur Melchior réfléchit et brutalement demande.
– “Que faites-vous ici” ?
Le Docteur Melchior prend les choses en mains…
Pierrot a repris ses couleurs, il essai d’expliquer les raisons qui l’ont pousser à s’aventurer à l’intérieur du parc du château. Le docteur est surpris, et se rappelle le dicton des mousquetaires du roi qu’il a bien connu autrefois.
Si tu ne vas pas à Lagardère , c’est Lagardère qui ira à toi.
Il comprend soudain le pourquoi des choses, il est venu dans ce monde d’adultes pour les rencontrer, oui ce sont des enfants qui lui en donnent l’occasion. Elle est là la solution qu’il cherche depuis des années. Ce sont ces enfant qui lui apportent la clef…D’ailleurs les hommes ne sont-ils pas de grands enfants.
En les regardant, il s’aperçoit qu’ils sont pied nus.
-” Mais vous n’avez pas de chaussures.”
Tapioca:
– Non, non dit Tapioca, elle ne voulait pas qu’on retrouve son sac et leurs chaussures, dernier lien avec leurs parents et la société de l’autre côté du mur”.
Mais le docteur n’est pas fou. Il appelle son garde chasse, lui dit quelque chose à l’oreille. Celui-ci prend congé, et part au fond du parc suivi par Jupiter.
Le docteur change de conversation, au grand soulagement de Tapioca.Ouf, pense-t-elle, nous l’avons échappé belle.

– Le Docteur Melchior :
– Vos parents savent-ils où vous êtes,bien sûr que non, vous leur avez désobéi, n’est ce pas ?
Gros sel:
– “Monsieur, le Docteur…”
– Le Docteur Melchior :
– Oui, jeune homme, quelque chose ne va pas ?
Gros sel:
– Vous savez, on ne voulait pas vous faire de mal, ni vous fâcher, on voulait voir c’est tout. ah Ils veulent voir… Ils vont être servi.
Le plan fatal…
Un plan vient de germer dans sa tête. Il va séduire ces enfants. Ils seront désormais ces premiers défenseurs. Mais il doit jouer serrer, on peut les séduire, mais on peut aussi les décevoir. Il ne doit surtout pas les braquer. Il doit s’en faire des alliés. Vous êtes venu pour voir le château, et bien je vais vous le faire visiter, mais auparavant, il faut me jurer de n’en parler à personne. Notre rencontre doit rester secrêtes.
Les enfants contents de s’en tirer à si bon compte jurent avec même un bel ensemble et même un certain aplomb. Apaisés sur leur avenir proche, ils suivent le docteur jusqu’au château. Là, une première surprise les attend.
Alignés dans le vestibule, leurs chaussures et leurs vêtements sont là, proprement rangés. Surpris, ils se regardent sans dire un mot, mais leur silence est plus éloquent que n’importe quelle parole .Le docteur s’en amuse de les voir.
Le Docteur Melchior :
– Allez, chaussez-vous et dépêchez-vous. Ils remettent leurs chaussures et Tapioca, en se relevant, aperçoit son petit sac accroché au portemanteau, il n’y a plus désormais qu’à espérer. Ils sont dans la nasse, et la trappe vient de se refermer sur eux…
La visite…
Ils traversent le vestibule, et entrent dans une grande galerie, les plafonds sont peints de motif d’une autre époque, encadrés de boiseries dorées à la feuille d’or. Sur les murs des peintures réalisées tout au long de sa vie le représentent, en habits d’époques ?
Tapioca:
– C’est vous sur ces tableaux demande Tapioca?.

Le Docteur Melchior :
– Oui dit il voici chaque période de ma vie je suis immortel. Tapioca l’écoute, polie, mais n’y croit pas. Ils descendent à la cave et le vieux monsieur leur montre de vielles armures, sa collection d’épées, des tableaux où le vieux docteur est en compagnie de personnages de l’histoire. Les petits s’amusent beaucoup, et les grands commencent à croire le vieux docteur. Son histoire est irracontable. Personne ne les croirait jamais et ils seraient peut être puni pour avoir menti.Il vaut mieux qu’ils se taisent pour le moment.
Ils regardent tout et remontent ensuite vers le rez de chaussée. Le Maître les amène à la cuisine où la vieille doudou noire a préparé une collation avec les produits du jardin. Ils s’ en empiffrent et rejoignent vite le docteur au pied du perron du grand escalier. Le docteur les entraîne vers le parc et leur montre le dirigeable.
Le Docteur Melchior :
– “C’est pour me promener” leur dit il.
Tapioca :
-” Vous allez où avec ça”
– Le Docteur Melchior :
– “Là haut dit-il en souriant, tout là haut”
Tapioca:
– “Mais pourquoi faire dit Tapioca”

– Le Docteur Melchior :
-” Pour m’isoler des hommes, pour le silence, pour voir la terre d’en haut.
Gros lard:
– C’est beau la terre vu d’en haut demande t’il.
– Le Docteur Melchior :
– “C’est splendide dit le docteur. Quand on le découvre la terre du ciel, on a envie de la protéger, elle est si belle.”
Saucisse:
– “On pourra la voir dit Saucisse, vous nous emmènerez dans votre avion.”
– Le Docteur Melchior :
– “Ce n’est pas un avion, c’est un dirigeable.”
Gros sel:
– “on ira quand ? demande Gros sel.”
– Le Docteur Melchior :
– “Tu sais, je l’ai démonté pour le vérifier. Quand il sera prêt je le remonterai et nous pourrons partir le faire voler et aller nous promener.”
Pierrot:
– “Quand pourra t-on y aller docteur dit Pierrot.”
Le Docteur Melchior :
– “Dans une quinzaine de jours pas avant.”
Saucisse:
– “Et vous nous emmènerez, c’est sûr, renchérit saucisse.”
– Le Docteur Melchior :
– On verra dans quinze jours, mais on doit d’abord apprendre à ce connaître et j’espère que vous tiendrez votre langue une fois chez vous sinon, plus de Château.
La glace est maintenant rompue, les enfants ont fait amis amis avec le vieux Docteur. Cette amitié nouvelle d’ailleurs, ne plait pas à tout le monde. Les serviteurs voient d’un mauvais œil l’arrivée de cette petite troupe de garnements. Ils ont débarqué dans leur vie, sans crier gare, en forçant leur porte. Leur patron est en train de craquer pour cette bande d’effrontés. Ils vont leur donner du travail et du souci. Avant, ils étaient tranquilles.
Que s’ est-il donc passé dans la tête du Docteur Melchior…
Mais le docteur sait tout à fait ce qu’il fait. Il prend congé des enfants, après les avoir autorisé à revenir le voir, dès qu’ils en auront envie à condition que le secret de leur rencontre soit bien gardé. Le gardien du château les raccompagne jusqu’à la porte, qu’il ouvre sans difficulté.
Chacun rentre chez soi…Ouf…
Le jardinier:
«La prochaine fois, sonnez, on vous ouvrira, dit-il en souriant. Le jardinier a regagné le parc, il reprend la taille les massifs de fleurs , les chiens reprennent leur veille ou se promènent en attendant la pâtée du soir. Rose est rentrée préparer le repas du docteur qui s’est retiré dans ses appartements. Il n’est pas mécontent de son après-midi, elle lui a plus apporté de plaisirs et nouveautés, que les dix ans qu’il vient de passer au château. Si les enfants reviennent dans huit jours, il continuera à les séduire, il va devenir leur ami. Par eux il va regagner la confiance des gens du pays. Tout en réfléchissant, il s’assoupit dans son fauteuil, attendant calmement l’heure de passer à table.
Pendant ce temps les enfants redescendent vers le village.
Gros Lard:
– Il est gentil le docteur dit GL.
Tapioca:
– Moi dit Tapioca, quand j’ai vu nos chaussures, nos pulls et mon sac dans le vestibule, j’ai craqué, j’ai bien cru qu’on ne ressortirait jamais vivants du château.
Saucisse:
– Tu vois, tout le monde se fait des idées.. Ils racontent n’importe quoi, surenchérit Saucisse.
Pierrot:
Les adultes, c’est fini, je ne leur fais plus confiance, tout le monde cancane sur tout le monde, c’est idiot et méchant. » – « Et moi donc dit Pierrot, ils peuvent nous faire la leçon les Parents, que ce soit le maire, les maîtres, les gendarmes, ils ne valent pas mieux les uns que les autres. – Quand j’ai vu les chiens, j’ai failli faire pipi dans mon pantalon.

Gros lard:
– « Moi aussi ,dit gros lard, j’ai eu du mal à me retenir, quand j’ai senti le souffle des chiens près de mes fesses, heureusement après, ils nous ont gâté. – Tu as vu ces fruits comme ils étaient beaux, continua t-il, et en plus ils étaient très bons.
Saucisse
” – Mais la Doudou noire elle faisait la gueule.
Gros sel:
– “Tu parles, on lui a tout dérangé”
Pierrot
– Et tout bouffé dit Pierrot

Tapioca
– « Moi, je reviendrai mercredi dit tapioca
Les petits en coeur:
– « Et nous aussi ? dirent les petits tous en cœur.
Pierrot:
– « D’accord on vous emmène, mais silence et pas un mot aux parents dit Pierrot.
Les Petits:
– « Parole de scout, croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer.
Les enfants sont radieux mais secret oblige, ils ont compris qu’ils ne peuvent pas en parler, et rentrent chez eux heureux comme des papes.
Quand germaine découvre les vêtements plein de goudron de Pierrot, elle se fâche tout rouge. Elle prive Pierrot de sorties jusqu’au dimanche.

Il s’en moque d’ailleurs totalement, le principal pour lui c’est que jeudi prochain, il retrouve son nouvel ami, le Maître du Château des Mystères, le Docteur Altus Melchior et son aéronef l’Intemporel.

Les enfants du village s’en mêlent…Episode 7

Les enfants à l’affût des nouvelles…

Le lendemain dans la cour de l’’école, les enfants ne parlent que du retour du vieux Docteur MELCHIOR, chacun d’eux rêve en secret de pouvoir connaître ou découvrir ce qui se passe derrière les hauts murs du château.

Assis sous le préau, cinq garnements, Pierrot et sa bande sont en grand conciliabule. Il y a Pierrot, Gros sel, son petit frère, Tapioca appelée parfois Tartine, car elle adore la soupe au tapioca et les tartines au chocolat, elle a 10 ans. Saucisse, le fils du charcutier, 9 ans, et Gros lard un petit rouquin de 11 ans.

Il a l’air d’une boule de graisse avec des joues bien rondes pleines de tâches de rousseur. Ils engagent une longue conversation.

Pierrot:

“Demain, il n’y a pas classe, si nous allions au château ? Peut-être verra-t-on quelque chose.”

Gros sel:

“Je vais avec toi.”

Pierrot:

“Oui, mais tiens-toi tranquille.”

Gros sel:

“Ouais, chouette!”

Tapioca:

“Oui, d’accord, mais si on nous attrape?”

Saucisse:

“Balivernes, les contes de fée sont pour nos grand-mères, si c’était vrai, le docteur serait en prison depuis longtemps.”

Tapioca :

“S’i ils ne peuvent pas l’attraper, c’est qu’il est plus malin que les gendarmes.”

Gros lard :

“Il ne doit pas avoir trop de mal, ils sont si cons.”
Gros sel :

“Mais jamais personne n’a disparu à Loulay, on l’aurait su!”

Tapioca :

“Il a tué mon oncle Olive.”

Pierrot :

“Personne ne l’a prouvé. Il était au bout du monde quand ton oncle est mort. En plus il est mort dans son lit. De toute façon, si l’on veut en savoir plus, mieux vaut aller voir nous même. Que risque-t-on ? De se faire engueuler, d’être punis huit jours!”

Tapioca:

“Moi, je ne rentrerai pas dans le château.”

Gros lard:

“Personne ne peut y entrer. De toute façon, c’’est impossible, les murs sont trop hauts, la grille a un gros cadenas et une chaîne.”

Saucisse :

“Moi, je voudrais qu’’il me fasse faire un tour en ballon.”

Gros sel :

“Moi, j’’emmènerai le couteau de papa, celui qui a un cran d’arrêt pour me défendre.

Gros lard:

“Et moi, mon canif.”

Pierrot :

Bon on se retrouve sur la place de l’’église demain, à 9h30. Ok.

Tous d’un mouvement de tête donnent leur accord, ils se lèvent et chacun part dans son coin, l’esprit quand même un peut perturbé par la décision qu’ils viennent de prendre…

Le secret d’une équipe qui n’a pas froid aux yeux…

En attendant, nous gardons le secret. Joignant le geste à la parole, ils se serrent les mains et crachent dessus. Ils sont liés par un secret, un lourd secret.

A cinq, il sera dur à conserver. Mais à neuf heures trente le lendemain, tout le monde est bien là, bien présent. Le chef Pierrot est déjà satisfait de son petit monde. Ils réfléchissent à la meilleur façon de faire.
« Le plus simple, c’’est d’aller tourner autour du mur.» dit Tapioca.
« Allez, suivez-moi ! » dit Pierrot à la petite troupe un peu angoissée.

Ils se dirigent aussitôt vers le château, en prenant soin de ne pas être repérés. Dans le bas du village, ils se séparent en deux groupes.

Tapioca et Saucisse d’un côté, Pierrot, Gros sel et Gros lard de l’autre. Ils se rejoindront devant l’’entrée. Ayant fait le tour chacun de leur côté, ils se retrouvent devant la grille, mais rien n’’est visible.

Déçus, ils repartent vers le village. Arrivés au coin, de l’autre côté de la route, face au mur d’enceinte, Pierrot aperçoit un poteau téléphonique tout en bois juste posé.

Pierrot en vigie au grand mat des PTT…

N’écoutant que son courage, il grimpe au sommet. Il se sert des reposes pieds cloués le long du poteau. Les ouvriers les utilisent pour arriver en haut. Il est au-dessus du mur et a une vue d’ensemble qui domine le parc.

Des personnes s’’affairent autour d’’une grande toile immense. On dirait un gros ballon dégonflé, il y a des cordes partout. Devant le perron, la limousine est garée. Trois gros chiens sont allongés dans l’herbe.

Il voit le ruisseau et un petit pont de bois. Allongé dans un transat, au bord de la piscine à l’eau toute bleue, un vieux monsieur avec de longs cheveux blancs semble dormir.

Le regard intéressé, Pierrot contemple la scène. Il vient d’en voir plus à lui tout seul que tous les autres depuis des générations.
Tapioca :

“Alors, tu vois quelque chose?”

Pierrot :

“Attends, je regarde.”

Gros sel:

“Qu’’est-ce que tu vois?”

Pierrot :

“Je vois tout.”

Gros lard :

“C’’est quoi tout?”

Pierrot :

“Tout, je te dis.”

Tapioca:

“Mais quoi ? Explique!”

Pierrot:

“Attend.”

Il se penche pour mieux voir, mais son pied glisse, il perd l’’équilibre, et se rattrape comme il peut.
Pierrot:

“Merde !!!”

Tapioca:

“Attention ! Fais attention!”

La chute sur le plancher des vaches…

Ses pieds échappent aux cales pieds et il descend le long du poteau, comme il fait quand il joue à la corde lisse sous le préau de l’école. Il glisse rapidement jusqu’au sol sans se faire de mal et se relève aussitôt.

Tout le monde éclate de rire quand ils le voient se redresser. Ce n’est pas mardi-gras ce jour-là, mais il est noir des pieds à la tête. Pour éviter que les poteaux en bois ne pourrissent, les agents des PTT les badigeonnent de goudron.

Le soleil brûlant a détrempé, et fondu le goudron qui au contact de la glissade l’a maculé de haut en bas.
Tapioca :

“Mais que va-t-on faire ?”
Pierrot :

“Il faut que je me lave, je ne peux pas rentrer comme ça, surtout que mes vêtements sont foutus.”

Les petits rient sous cape.

Tous au vieux lavoir…

L’arrivée chez les Hillairet risque d’’être orageuse ! Tapioca, en bonne fille pratique a une idée. Il reste peut-être du savon au lavoir, mélangé à la boue, ça nettoie tout, je l’ai lu dans un livre.

Tout le monde acquiesce , qui ne tente rien n’a rien, mais Pierrot ne dit plus rien. Il est tout surpris par ce qu’il a vu, à vrai dire, pas grand chose, pas plus que dans le jardin de leur voisin.

Ils arrivent au lavoir, par le petit chemin, bordé d’’orties blanches très piquantes. Dans un coin, traîne un morceau de savon oublié par une lavandière, dans cet endroit qui ne sert presque plus jamais.

Tapioca prépare sa mixture avec de la vase et du savon. Non, sans mal, elle réussit à enlever une grande partie du goudron, il ne lui en reste que sous les doigts et sous les ongles.

Les bras, le visage et les jambes sont nets, par contre les vêtements et les chaussures sont “« destroy ». Il y a une maman qui ce soir n’appréciera pas. Ils s’apprêtent à repartir quand, Tapioca fronce les sourcils et montre le ruisseau à Pierrot.

Explorateurs en herbe…

Tapioca:
« Où il va le ruisseau ? »

Pierrot:
“Il traverse le parc du château, pourquoi?”

Tapioca:
«Par où ?”

Pierrot:
« Par là je crois, il entre sous le mur et ressort de l’autre côté, il s’écoule ensuite vers le château d’eau, c’est la Présence. Elle vient du cimetière. Ils s’approchent du mur, en silence, tout doucement, Pierrot se penche et son cœur bondit :
«regardez dit-il”

Tous ensemble:
“Quoi, quoi”

Pierrot:
“Regardez, la pelle”

Les enfants:
“Quoi la pelle, c’est quoi la pelle, où tu vois une pelle toi”

Pierrot:
“Justement elle n’y est pas, elle est enlevée.”

Tapioca:
“Mais c’est quoi la pelle?”

Pierrot:
“Toi, tu es bien une nana. Une pelle, c’est une plaque métallique qui se lève et se rabaisse pour arrêter ou laisser passer l’eau dans un barrage. Pour vider la rivière ou la nettoyer la pelle est enlevée. Elle se vide et ils peuvent la curer. Puis ils la remettent en place et le tour est joué, c’est très facile.”

Les enfants:
“Si les pelles sont enlevées, c’est qu’ils sont en train de le nettoyer, si on rentre par là, ils vont nous apercevoir”.

Pierrot:
“Non, j’ai vu le ruisseau tout à l’’heure et il n’y a personne dedans. Ils ont dû simplement le vider, ils le nettoieront demain. C’’est le moment ou jamais. Qui m’aime me suit. Je passe devant. Toi Tapioca, tu fermes la marche et surveilles bien les petits.

Le cœur serré, la peur au ventre, partagé entre l’envie de fuir et le désir de découvrir le château, les enfants se déchaussent, depuis le temps qu’on leur en parle de ce château, ils l’auront au moins vu de près.

Eux, ils auront quelque chose à dire plus tard. Tapioca pose sa sacoche. Elle l’accroche au remonte chaîne du lavoir. Si ils sont pris et que la légende se vérifie, on retrouvera au moins son sac.

Les gendarmes découvriront qu’ils sont rentrés dans le parc du château. Le lavoir est le premier endroit où ils les chercheront. Entre les chaussures, les pulls, le sac,et le petit mot, ils se feront vite une idée de l’endroit d’où ils ont disparus.

Elle griffonna rapidement un mot dans son sac:
“Nous sommes rentrés dans le parc, sauvez-nous, Tapioca”

L’aventure, c’est l’aventure…

Gonflés par leur audace,leur à propos et leur courage, les deux grands descendent pieds nus dans le ruisseau. Ils placent entre eux les trois petits et partent à l’aventure comme le font les spéléologues quand ils vont à la découverte d’un nouveau siphon, leur pied glisse sur le gravier et les herbes dans l’eau claire et tiède.

Elle ne monte pas plus haut que la moitié de leurs petits mollets bronzés par le soleil. A chaque pas posé sur les pierres qui jonchent le fond du ruisseau, Pierrot se retourne et regarde tapioca.

Il a le doigt sur sa bouche et son corps se balance d’un côté et de l’autre, pour bien scruter chaque berge. Arrivé au mur du lavoir, il le caresse du bout de ses doigts comme pour l’amadouer, une fois derrière, ce sera l’’inconnu …et peut être trop tard.

Des hirondelles volent haut dans le ciel immaculé, d’’un bleu azur. Il ne risque pas de pleuvoir avant la nuit. Les oiseaux gazouillent heureux d’être libres. Dans le ruisseau au contraire, c’’est l’angoisse la plus totale.

Pierrot s’est arrêté,il s’accroupit pour mieux observer le passage…
“Allez, tu avances poltron”, lui dit Tapioca en chuchotant.
“Attends, je vérifie le passage lui répond t’il d’une voix blanche”

Elle pousse les enfants devant elle du bout de ses doigts et Pierrot est obligé d’’avancer. Ils sont maintenant sous la voûte, comme il est accroupi, le bord de son short se mouille, les petits ont eux de l’’eau jusqu’à mi-cuisse.

L’arrivée dans un jardin du nouveau monde…

Ils font encore quelques pas, et se retrouvent dans le parc ce qu’aucun adultes du village n’a encore osé. Ils ont réussi et sont désormais dans un domaine privé et réputé fort dangereux….

L’angoisse leur serre le cœur, mais il n’est plus question de s’adresser la parole ou de revenir en arrière? ils sont silence radio.

Ils se redressent tout doucement et observent le paysage. Sur leur gauche un grand parc s’étend à perte de vue. Devant, à droite il y a un potager avec de gros melons bien ronds, et le long du mur, des tomates sont exposées plein sud.

Elles sont rouges de plaisir et de soleil, énormes et pour cause ce sont des plants russes qui donnent de très grosses tomates avec une chair juteuse et délicieuse…

Au milieu, ils aperçoivent des arbres fruitiers avec de lourds et beaux fruits, énormes, bien dorés, bien mûrs qui pendent entre les feuilles.

De grosses poires courbent les branches presque jusqu’au sol. Quelques-unes poussent dans des bouteilles de verre blanc.

Elles sont emprisonnées depuis qu’elles sont fleuries.

Le jardinier enfile autour de la branche et de la fleur, une bouteille de verre blanc. Il l’attache au fil de fer sur lequel le rameau est fixé par de petits colliers de caoutchouc.

Après la floraison un petit bourgeon naît à l’intérieur de la bouteille. Au fil des jours, protégé des pluies, des agressions du temps, réchauffé par les rayons du soleil, ce bourgeon grossit et devient une petite poire.

En quelques semaines, la petite poire devient grosse, mais elle reste prisonnière par le goulot de la bouteille. Le jour de la récolte, le jardinier détache le pédoncule de l’’arbre.

Il remplit chaque bouteille d’alcool distillé dans les alambics du docteur Melchior. Le digestif obtenu aura après quelques années de vieillissement en cave un nez formidable et un goût remarquable.

Il n’y a qu’une bouteille par branche, pour que chaque poire reçoive un maximum de vitamines, de sucre et de nourriture de la souche de l’’arbre nourricier.

Toutes les autres fleurs sont coupées à la taille par le bec du sécateur du jardinier. C’’est à lui de pas se tromper, de choisir celle qui lui semble la plus à même de donner un beau fruit.

C’est ça le métier, et n’est pas jardinier qui veut. Ils regardent ce jardin bien propre, bien rangé, impeccable, pas une herbe dans les plants et des fruits et légumes magnifiques.

Même sur les marchés de la région, où ils traînent parfois avec leurs parents, ils n’ont jamais rien vu d’’aussi beau. Quant à les goûter, mieux vaut ne pas y penser, tout au moins pour le moment.

Le petit groupe continue d’avancer à pas de loup, l’œil aux aguets, ils surveillent les alentours, tout paraît calme, trop calme. Ils arrivent au coude du petit pont en pleine lumière.

Ils sont seulement cachés par des roseaux qui surplombent la berge de chaque côté du ruisseau. Ce sont de longues cannes de plusieurs mètres de haut, grosses comme le pouce, avec une ou deux feuilles au bout.

La leçon de pêche virtuelle…

C’est avec ça que je taquine le verron ou le goujon quand mon père m’emmène à la pêche, pense Pierrot. Un jour, en revenant du marché de St jean d’ Angély, c’était un samedi matin il a ramené tout un paquet de cannes identiques à celles-ci. L’après-midi, il en a taillé deux. Au bout, il a ficelé un bout de nylon qu’il a déroulé d’une bobine. C’est du fil de pêche, je l’ai acheté chez la mère Perrin hier soir me dit-il. Il a mis au bout un hameçon avec un chapeau de gendarme.

L’après-midi nous sommes allés à la Vaillette près de la baignade. Dans une sacoche posée par terre il a sorti un pot de légumes de bébé et l’a ouvert. A l’intérieur il y avait des petits grains de blé cuits qui baignaient dans leur eau de cuisson.

Il en a pris un et l’a piqué sur l’’hameçon. Il a déroulé le fil entouré autour de la canne et l’a jeté l’hameçon et le grain de blé dans la rivière d’un simple coup de poignet. Le grain de blé s’est enfoncé dans l’eau, il est resté en suspension à 10 cm au fond de la rivière, arrêté par un bouchon coloré, comme une plume d’indien servant de contre poids.

Le bouchon entraîné par le fil de l’eau s’est redressé une fois tendu. Très vite de petits poissons ont nagé vers le grain de blé. Ils ont commencé à le picorer. Papa me montrait le manège du bout de son doigt.

Ils ouvraient leur gueule et l’attaquaient par petits coups en le mordillant. Le bouchon s’enfonçait par à coups. Papa disait qu’ils les taquinaient. Très vite, un plus gros poisson arriva, apercevant le grain de blé, il se précipita goulûment vers lui et l’avala.

Le bouchon s’enfonça une , deux, trois fois. Papa tira la gaule d’un coup sec. L’’hameçon pénétra dans la gueule du vorace animal et papa ramena un beau goujon de 8 cm de long.

Il me passa la gaule et c’est ainsi que je pris mon premier poisson et ma première leçon de pêche. En quelques heures j’ai ramené avec fierté, une belle friture. Maman l’a fait cuire le soir même, en omelette et tout le monde s’est régalé.

C’est à cela que pense Pierrot en avançant en silence, suivi de sa petite troupe. Peut-être voulait il se donner du courage et oublier un peu la galère dans laquelle il s’enfonçait.

Doctissimo : Comment bien choisir ses oeufs ?

Choisir ses oeufs

Dr Laurence Plumey, nutritionniste :
Quand on achète un oeuf, on regarde la date de consommation qui est conseillée. Il faut savoir qu’’à partir du moment où un oeuf est pondu, on peut le conserver pendant un mois. Ce n’est pas une date limite, ça ne veut pas dire qu’’au bout d’un mois et d’’un jour, il ne sera plus bon à consommer.
Dans l’’idéal pour qu’’il soit frais, c’’est dans le mois qui suit la ponte. Et il est extra frais dans les 10 jours qui suivent la ponte. Donc selon le moment où vous voyez où il a été pondu, et le moment où vous l’’achetez, si vous êtes dans les 10 premiers jours vous pouvez le manger coque, puisqu’il est extra frais et après il vaut mieux le cuire un peu plus, sur le plat, en omelette, oeuf dur.
…Plus vous vous rapprochez de la date limite de consommation, la date limite de consommation conseillée, plus vous êtes à un mois à peu près du moment de ponte, plus il faut le consommer sous forme dure.

RET : A quoi correspondent les indications sur la coquille ?

Dr Laurence Plumey :
Les petits chiffres en fait sont des caractéristiques qui permettent de savoir si cet oeuf a été pondu par une poule en cage, en plein air, de quel pays il provient.… Mais en France, on mange des oeufs de poules françaises. Tout est absolument transparent sur l’oeuf, on sait exactement dans quelles conditions l’oeuf a été pondu et puis par qui.

RET : La valeur nutritionnelle d’un oeuf varie-t-elle en fonction de son origine, bio, plein air…?

Dr Laurence Plumey :
La valeur nutritionnelle de l’oeuf est remarquablement stable. D’abord entre le moment où il est pondu et le mois au cours duquel il est consommé, la valeur nutritionnelle ne change pas. C’est extrêmement remarquable. Ensuite, selon qu’’il est bio ou par une poule qui n’’est pas dans des conditions bio, la valeur nutritionnelle de l’oeuf est la même. C’est une composition exceptionnelle qui est remarquablement stable.

RET : Consommer des oeufs crus le matin pour avoir de l’énergie est-il utile ?

Dr Laurence Plumey :
Ce n’est absolument pas bon de gober un oeuf, parce qu’’en fait quand on gobe un oeuf, on n’a pas cuit les protéines. Et les protéines de l’oeuf quand elles ne sont pas cuites sont indigestes. Elles ne sont pas attaquées par nos enzymes pancréatiques et donc elles sont moins bien digérées et on ne profite donc pas des qualités nutritionnelles de l’oeuf.
Donc il faut toujours cuire un oeuf pour en profiter pleinement.

Source : Conférence de presse du CNPO – Comité national de promotion de l’oeuf – 8 avril 2010

Une bien belle histoire d’amour… Episode 6

Du côté des bois de Saint-Martial, une autre histoire ne tarde pas à défrayer la chronique locale.

Dans les années 1920, la belle Marthe habite seule une maison isolée en dehors du village, juste à l’orée des bois qu’elle avait héritée de ses parents. Elle est pieuse, célibataire, courageuse et se rend à la messe tous les matins.

Jeune et jolie, elle est courtisée par tous les gars du village mais aucun ne lui plait vraiment. Le père Naud, curé du village depuis de longues années tombe malade et doit être hospitalisé.

Pour le remplacer, l’’Archevêché de La Rochelle envoie un jeune prêtre, beau comme un dieu, l’oeil noir, la mèche impeccable descendant sur le front, la raie bien faite et les cheveux plaqués. Il est beau dans sa soutane neuve impeccablement repassée, son col empesé et ses souliers de cuir astiqués selon des méthodes très secrètes apprises au petit séminaire. Il s’appelle ” Père Colboque”.

La rencontre…

Que se passe-t’il dans le regard du jeune prêtre et de la belle ingénue? Toujours est-il que le village remarque bien vite des visites hors normes et de plus en plus fréquentes au presbytère, après la messe, le dimanche après-midi et tous les autres jours de la belle jeune femme.

Les vieilles bigotes interrogent la bonne du curé Mme Joseph, qui ne veut rien voir de mal dans les rapports peu ecclésiastiques entre les deux sujets de dieu. Quand l’embonpoint de la belle s’enfle par le devant nul ne doute que le Saint Esprit ne peut quand même pas réaliser deux fois les mêmes miracles.

Pris de panique, les deux tourtereaux partent se cacher dans leur cabane à l’Orée du bois comme elle l’a appelée. Ils y vivent un grand amour. Le Père Colboque choisit de quitter la soutane et le village est à nouveau privé de prêtre.

Le couple ne fréquente personne, il vit en autarcie, cultivant un lopin de terre, avec quelques chiens, poules et lapins. Un beau jour, un beau petit garçon naquit.

Il est le fruit de leur grand amour, né dans le pêché mais protégé quand même par l’église. Elle pardonne, le village pardonne, seules quelques grenouilles de bénitier murmurent derrière les rideaux tirés sur le passage de la petite famille toujours tous ensemble.

Ils peuvent venir s’installer dans la vie villageoise, mais ils préfèrent le calme et la quiétude de la mère nature au milieu des bouquins poussiéreux qui garnissent les étagères rustiques fixées aux murs blanchis par la chaux. Et le temps passe.

A nouveau seule…

La jeune compagne devient peu à peu une jeune femme mûre mais le Père Colboque tombe gravement malade. Dieu qui n’abandonne jamais les siens, le rappelle à lui et la Mère Colboque se retrouve seule dans sa petite maison, démunie de ressources mais vaillante et décidée.

Elle s’occupe du potager, du verger, de ses bêtes, travaillant pour deux et va au village vendre ses productions. Le boucher, l’épicier, l’instituteur, le préposé aux postes, tous sont devenus de bons clients qui apprécient ses produits.

Elle leur propose ses fromages, ses asperges, ses œufs, ses salades et l’hiver quand tout se tarit, elle récolte les premiers pissenlits, les premières doucettes, prêtant ses livres, offrant ses conseils et prêchant la bonne parole.

“Tout se soigne avec les plantes dit elle. La nature donne tout ce dont nous avons besoin, il suffit de bien savoir choisir. Les fleurs de violettes agissent contre la toux, les fleurs de sureau pour garder l’’oeil vif, le tilleul pour bien dormir.”

Elle apporte des mélanges de plantes médicinales aux uns et aux autres, expliquant longuement leurs propriétés, leur emploi ou leur utilisation. Comment faire une infusion, une décoction, le moment où il convient de les prendre.…

Elle souffle sur les brûlures, pose la main sur les douleurs, marmonne quelques prières et on est sûr d’être presque toujours guéri. Même le pharmacien et le Docteur font parfois appel à elle tant ses décoctions et ses mots donnent du bien aux autres.

Mais la mère Colboque vieillit et ses vêtements avec elle. Elle lave, ravaude et reste toujours alerte. Elle déraille un peu et on commence à la trouver bizarre. Marthe de son prénom elle devient la Mère Colboque.Les enfants s’’enfuient à sa vue et on se demande si parfois elle ne peut pas jeter des sorts. Mais,les maisons où elle va régulièrement lui restent fidèles car elle n’a aucun sou de méchanceté.

On lui garde toujours une part de gâteau, de tarte, un petit morceau de rôti.

“Tenez Madame Colboque nous l’avons mis de côté pour vous, ça nous fait plaisir”.

Le retour du Père Colboque…

Elle ne se fait pas trop prier et paie d’un conseil ou d’’une histoire. Elle aime raconter quelquefois la visite régulière de l’’âme du père Colboque qui veille toujours sur elle et son enfant. La première fois qu’’elle prend conscience de cette présence, c’’est un soir au coin du feu, maigre feu car elle n’a que le bois ramassé aux alentours.

Pensant à son cher défunt, elle voit une boule lumineuse extraordinairement bleue et brillante arriver près d’elle et s’immobiliser à quelques centimètres du sol.

Elle se sent aussitôt baignée d’une chaleur pleine de douceur qui n’a rien de terrestre. La boule reste en sa compagnie au coin du feu et elle comprend qu’il est revenu près d’elle pour la protéger.

Elle revoit la petite boule bleue souvent et au village on ne manque pas de lui demander:

«L’avez-vous vu dernièrement,»

Elle sourit et répond:

«oui, il est venu dimanche, ou il était là hier soir ou encore je sais qu’il viendra demain».

On s’attriste pour elle quand elle répond:

« Non ça fait quelques jours, le temps me dure…. il est très occupé la-haut avec tous les décès de ces derniers jours, mais je sais qu’il est bien où il est il me l’a dit».

Bien sûr cela nous fait sourire, mais quelle belle leçon d’’amour dans ce souvenir allant au delà de la mort et cette façon de vivre une autre forme de couple. Mais si tout ceci est bien réel, quelle chance elle a dans son malheur.

Les visions de la mère Colboque deviennent vite contagieuses et d’autres se vantent bientôt d’avoir vu les mêmes petites boules lumineuses. Tout le village vit cette période dans l’attente d’un miracle. C’est devenu une mode ou chacun espère la suite et tous attendent le retour du Père Colboque.

Pendant ce temps le fils Colboque a grandi, il appris le métier de charcutier. Il l’exerce encore aujourd’hui. Il s’est marié à Renée la fille du capitaine des pompiers. Ils ont trois enfants très marqués par leur origine pécheresse.

Les liens de la famille Colboque et de l’’église restent difficiles, mais la femme du charcutier veille au grain. Issue d’une famille très croyante, elle met bon ordre à tout ça et tout le monde est baptisé comme il se doit en temps et en heure.

Saucisse en est le premier héritier, suivi un peu plus tard de Madeleine et Jeanne enfants studieuses et sages. Seul, Saucisse vit en polisson et ses notes à l’école s’en ressentent lourdement.

A suivre…

Les boules lumineuses… Episode 4 et 5

Dans le village le quand dira t-on va bon train, il n’y a pas que le Docteur Melchior qui est visé par la vindicte publique. C’est même le sport favori de certaines ou de certains à table ou pendant les veillées au coin du feu.

Les mauvaises choses racontées par les uns ou par les autres ont souvent des origines qui remontent à l’enfance, les surnoms et les moqueries s’inventent dans les cours de récréation.

“ Bec d’anguille“ est un personnage incontournable. En réalité, il s’appelle Antoine. Le père Antoine est sec comme un vieux cep de vigne rudoyé par le temps. Il s’exprime difficilement et ouvre plusieurs fois la bouche avant que ne sortent les premiers sons.

Cette infirmité dure depuis son adolescence. Les charentais présentés souvent comme des rustres sont en réalité des finauds. Ils ont l’œil acéré, l’esprit vif et fort porté sur la plaisanterie. Ils ont remarqué, ses lèvres arrondies en cul de poule qui s’ouvrent et se referment en attendant, que l’idée émise par sa cervelle se
Concrétise, en sons audibles.

Il aurait pu être comparé à un poisson sorti de son aquarium, cherchant à retrouver sa respiration hors de l’eau. Un petit malin du village dont personne ne se souvient le surnomma : Bec d’anguille.

Le temps passa, le Père Antoine est devenu adulte, il est plus connu sous son sobriquet que sous son propre nom. Se voyant la risée de tous, il devient l’ennemi de guerre du genre humain et la déclare à tout ce qui se trouve sur son chemin.

La pierre du champ, le chat qui s’aventure sur ses terres, le chien qui aboie à son approche, les oiseaux de proies qui planent au-dessus de sa tête, sa vielle jument qui n’en peut plus, et même sa vielle femme qui ne resta toute sa vie rien que sa servante…

Il ne faisait des “bulles” que pour lancer des anathèmes. Il s’enferme dans sa propriété comme dans un château fort, s’entoure de grilles et de barbelés, ne sort que pour aller dans ses vignes qu’il soigne par contre consciencieusement.

Ce poisson ayant horreur de l’eau, il boit en solitaire. Seuls, quelques privilégiés peuvent encore s’enhardir sur ses terres. Ils sont de temps en temps invités à boire un coup. Ils doivent goûter les différentes récoltes, buvant dans un verre plus ou moins crasseux, rincé au robinet de la barrique, et subir pour finir, le coup de grâce du cognac de la maison, chargé d’éliminer définitivement les microbes.

La tête enfumée et prise par les vapeurs d’alcool, ils peuvent alors faire chorus avec Antoine sur la bêtise et la méchanceté des uns ou des autres. Tous y passent même ceux qu’ils ne connaissent pas. Le principe de base est simple, toujours le même. Ce sont les fameux « – on m’a dit que…. Ya qu’à, moi je sais que… »

Sa propriété s’ouvre ou se ferme par une belle grille en fer forgé dont la peinture a disparu, le métal est érodé par la pluie, le vent, le soleil et temps. La rouille a depuis longtemps envahi les morceaux de métaux qui la composent. L’entrée donne sur un petit chemin qui descend en pente douce vers un petit ruisseau en franchissant un pont qu’il a barricadé afin que nul autre ne puisse le franchir sans son autorisation qu’il ne donne jamais.

Le chemin serpente à travers les jardins de cultures maraîchines. Selon ses dires, il lui appartient, mais en réalité il est libre et les propriétaires jardiniers ont droit de passage afin d’accéder à leurs asperges, leurs carottes, leurs poireaux et autres salades que chacun cultive avec amour, tendresse et gourmandise. Leurs jardins, c’est leur fierté.

Le père Valentin est propriétaire d’un de ces jardins. Il est l’ennemi juré de Bec d’anguille qui le lui rend bien. Les deux compères ne manquent pas d’échanger des propos amers et injurieux quand ils leur arrivent de se croiser.

Au printemps, le père Valentin a décidé de planter des arbres fruitiers qu’il vient d’acheter à la coopérative agricole. Il les charge sur sa charrette et se rend à son jardin pour les planter. Arrivé à son jardin, Il prend le temps de discuter avec son voisin avant de les décharger, ce que voyant Antoine, jaloux comme une teigne, décide d’aller lui poser quelques problèmes.

Il attelle cocotte sa jument, franchit le pont et se pointe sur le chemin, arrivé à la hauteur de l’attelage du Père Valentin, le passage est bloqué. Rouge de colère il s’écrie:
« – Faut que tu dégages d’ici à ct’heure, bondiou de paysan crotté, t’y vois pas que tu bouches le passage

Le Père Valentin :
« – Du calme, le Père, lui rétorque l’autre n’ayant pas envie de bouger sa charrette pour le moment, il faut d’abord que je décharge mes arbres.

Bec d’Anguille la bouche ouverte parvient à articuler des sons qui ressemblent à :
« – O y a oun’ bon’heure qu’ t’es là feignant, tu la déchargeras ben tout à l’heur, fait reculer ta bourrique bon diou, il faut que j’passe. Y travail aussi moer.

Le Père Valentin :
La moutarde monte au nez Valentin qui s’écrie dans le même langage châtié :
« – J’ t’emmerd’ vieux con ! T’attendras qu’ j’ai fini ! Bondiou d’merde de con »

Bec d’ anguille entendant le père Valentin l’insulter devient ivre de rage et à vrai dire n’attendait que ça:
« – Ah bon beh on va voueir çà, J’ vas la faire reculer ta bourrique’ moer, tu vas vouer !

Et, dressé sur sa charrette, Bec d’anguille bloque le frein en tournant rapidement la manivelle à portée de sa main, les mâchoires de bois enserrent la roue qui se bloque aussitôt.

Il tire sur le mors de son cheval lui faisant se redresser la tête vers le haut, il a le regard apeuré par la douleur, mais sa croupe reste ferme. La pauvre bête s’immobilise, son chariot s’est mis en travers du chemin.

Tout passage d’un côté comme de l’autre est devenu désormais impossible. Le Père Antoine se saisit de son fouet et par-dessus sa vielle jument, il essaye de frapper le cheval ennemi pour qu’il se mette à avancer.

Voyant cela, Valentin ne fait qu’un bond sur sa charrette, il bloque à son tour les roues en serrant ses freins. En geignant les mâchoires de bois bloquent les roues. Les deux charrettes se retrouvent immobiles, face à face. Il arrache son fouet de son support et le fait tournoyer au-dessus de sa tête, le détend, et d’un coup sec cingle l’air en direction de son adversaire dans un claquement sec ressemblant à celui d’une branche sèche qui se casse, tout en vociférant à son tour :
« – Fils de put’ tu vas vouer ! »

La joute devient de plus en plus virulente à chaque seconde… Aucun des combattants ne cède un pouce de terrain et chacun de tourner, de s’allonger, de claquer du fouet. Le combat des deux hommes est titanesque, les pieds écartés pour mieux se tenir debout, chavirant à droite, à gauche, essayant de se déséquilibrer en fouaillant de toutes leurs forces. Les deux bêtes impassibles au tumulte sont collées l’une à l’autre, tête contre flanc, attendant patiemment la fin du combat.

André est dans son jardin pas très loin du petit pont. Il est alerté par les cris et les claquements des fouets, il se précipite muni d’une fourche afin de séparer les adversaires et essaie d’attraper les fouets qui s’emmêlent en admonestant les combattants.

André :
« – Arrêtez, ça va mal finir. Que le plus intelligent se retire le premier. Que le moins bête recule. »

Afin de les persuader, il ne cesse de répéter :
« – Que le plus intelligent recule. »

Mais aucun des deux belligérants ne l’écoute.

Les épaules sans doute ankylosées par leurs efforts, les deux adversaires finissent par se calmer et peu à peu le combat baisse d’intensité et s’arrête. Le père Valentin plus docile consent enfin à reculer et à libérer le passage.

Antoine n’a même pas la force de triompher. Ayant ouvert deux ou trois fois le bec pour reprendre un peu d’air, il se contente, tel Ben-hur juché sur son char en vainqueur de continuer son chemin, pendant que derrière, le Père Valentin s’y réinstalle aussitôt que Bec d’Anguille s’en est allé.

André décide de l’aider à décharger ses arbres pour aller plus vite. Il le complimente pour avoir eut l’intelligence de céder devant la bêtise de son adversaire. Ils s’en vont, une fois le travail terminé, arroser l’événement au bistrot de la place. Au fur et à mesure que les verres se vident et se remplissent, le combat des deux protagonistes du petit pont devient la légende des siècles.

Les boules lumineuses,
L’autre histoire du Père Valentin…

Épisode 5.

À 80 ans passés, il répugne toujours autant à parler de sa boule lumineuse. Il a eu deux enfants dont Marie-Ange, une très belle femme qui épousa André, le boulanger du village. Ils eurent aussi deux enfants dont Béatrice répondant au sobriquet de Tapioca.

Le Père Valentin a toujours l’esprit clair et l’œil vif et pense que son histoire aurait fait perdre son latin à plus d’un. Il ne la racontera que bien plus tard, tant il avait peur de passer pour un farfelu, un menteur ou un atteint de démence passagère.

Au début de l’hiver 1948, Il fait régulièrement le tour de ses clients afin d’évaluer les récoltes, d’en fixer le prix pour l’année suivante. Toutes ces choses ne se font pas au cours d’une seule entrevue. On se revoit plusieurs fois. Un soir, il prend son vélo et se dirige vers la ferme du Père Mathieu afin de poursuivre les négociations entamées.

Le père Mathieu travaille en famille avec sa femme, ses deux fils, sa bru et au besoin ses petits-enfants qui l’aident à rentrer les vaches, les moutons et les cochons. Ils travaillent dur et ils se couchent tard dans cette ferme. Il faut venir à l’heure du repas pour pouvoir parler. La discussion et le repas se prolongent souvent tard dans la nuit. Le Père Valentin se souvient qu’il est au moins minuit quand il quitte la ferme.

Il roule tranquillement sur le sentier qui le mène en pente douce vers une petite rivière qu’il doit franchir par un pont vermoulu mitoyen d’un bois de bouleaux. À cette saison, ils ont perdu toutes leurs feuilles. Le père Valentin a tout à coup une drôle d’impression, comme celle d’être poursuivi. Il appuie sur les pédales pour aller plus vite en tournant la tête pour voir si rien d’inquiétant ne se produit.

Il n’est pas trouillard, simplement fort en gueule, toujours prêt à en venir aux mains. Mécréant s’il en fut, il ne s’en laisse pas conter, il est toujours là, présent quand il y a des coups durs.

Il regarde une dernière fois derrière lui, et aperçoit une énorme boule lumineuse qui dévale la pente. Elle déborde du sentier et le Père Valentin estime qu’elle peut avoir dix à quinze mètres de large.

Parfaitement ronde, elle roule sur le sol comme le ferait une énorme boule-de-neige, dévalant une pente enneigée. Elle passe sans encombre au travers des arbres et des haies qui bordent le chemin. Absolument terrifié, le Père Valentin met pieds à terre, il ne songe même pas à fuir, courageux il veut faire face, pensant qu’elle lui veut du mal. On dit tellement de choses…

Un instant il croit à une farce. Il veut en avoir le cœur net. Il s’arrête, fait face à l’intrigante et l’attend de pied ferme. Elle le rattrape et l’enveloppe complètement. Il se trouve aussitôt baigné dans une lumière blanche, ni chaude, ni froide, qui ne lui fait d’abord aucun effet et surtout aucun mal.

C’est immatériel, irréel, mais pourtant c’est vrai. Puis, quelque chose monte en lui, il se sent envahi de forces peu communes, comme si la boule de lumière l’investit de pouvoirs surnaturels, de force inédite dans une douceur immatérielle qui pénétrerait dans chaque pore de sa peau.

Durant un temps qui lui paraît assez long, il se trouve au centre de cette lumière intense, prisonnier tout en extase. Puis, comme elle est venue, elle s’échappe de son corps et repart dans un silence complice, discret satisfaite de cette rencontre pleine d’à propos. Elle continue son chemin, en roulant vers le petit-bois, bondissant dans l’herbe, traversant les troncs et les branches, sautant par-dessus les fossés, mais en gardant toujours sa forme arrondie et lumineuse. Puis, elle se perd dans le lointain sans qu’il ne puisse définir ni où ni comment.

Pétrifié, immobile, subjugué, le Père Valentin reste un long moment sans comprendre. Il est là bloqué, figé, observant l’horizon, attendant sans doute le retour du phénomène qui cette fois l’emportera.

Mais comme elle ne revient pas, il retrouve peu à peu ses esprits, se palpe et pense même avoir rêvé. Il est pourtant bien vivant et ne se sent pas saoul du tout.

Il ramasse son vélo, remonte dessus et rentre à sa maison. Il ne parle de son aventure à personne. Il a peur des quolibets et se dit que si, il raconte son secret, les gens du village penseront que ce soir-là, il a trop goûté et abusé des élixirs du père Mathieu.

Il se pose quand même des questions. À t-il eut soudain une hallucination ? La boule serait t-elle le véhicule qui promène l’esprit du père Colboque ? Est-ce un miracle ? Va-t-il lui aussi être rappelé bientôt auprès de Dieu ?

Toutes ces questions restent encore aujourd’hui encore pour certaines sans réponse, mais occupent son esprit en permanence. Quel est le sens de cette rencontre.

Le Père Valentin a même un moment l’idée de prendre l’habit et de se faire moine, mais le courage lui manque. Une chose est sûre, depuis ce jour-là, tout ce qu’il entreprend est toujours réussi. Il devient très rapidement un conseiller très prisé et très écouté.

C’est lui qui tranche désormais les cas délicats. Les gens viennent de loin pour le consulter. Il est devenu le savoir sans jamais l’avoir appris.

Pendant plus de trente ans, il garde le silence sur son aventure. Il refait le chemin des centaines de fois, il veille à sa fenêtre des nuits entières attendant le retour hypothétique de sa boule de lumière.

La nuit, il rêve à de nouvelles apparitions, il l’appelle, mais elle ne revient pas. Un jour, il tombe malade, il croit qu’il va mourir, on appelle même le prêtre pour lui donner l’extrême-onction et devant la mort qui approche, il fait venir ses enfants à son chevet et raconte le secret de sa boule lumineuse.

Ses enfants croient qu’il délire et pour se soulager en parle à quelques bonnes âmes pour qu’elle aillent prier pour le repos de leur Père. Peu à peu tout le village est au courant.

Mais au fur et à mesure qu’il raconte son secret à ses enfants, ses forces reviennent, le sang circule mieux et au grand étonnement de son médecin et de Monsieur le Curé, la mort s’estompe. Le Père Valentin est sûr que son retour à la vie est l’œuvre de la boule lumineuse, mais son secret est désormais percé.

Il y a aujourd’hui plus de 45 ans que la boule a investi le corps du Père Valentin. Il n’a toujours pas élucidé le mystère d’une grosse boule et d’une grande frayeur qui dépassèrent les frontières du possible.

Chaque famille à la campagne a ses secrets. Ils sont jalousement gardés jusqu’au jour où… Parfois, ils défraient la chronique. Les langues prennent alors le relais des faits et les choses les plus anodines deviennent parfois impossibles à raconter.

Le temps a fui le temps, mais l’esprit est resté, et toutes ces histoires font partie des légendes de mon village et de ses habitants.

Une comptine, berceuse pour enfant fait scandale dans le Gard…

Une chanson extraite d’Azur et Asmar au centre de la polémique

Les parents d’élèves d’une classe de l’école primaire du Pin, un village du Gard, ont reçu un courrier anonyme dénonçant l’apprentissage, en classe, de chants en langue arabe extraits du film français d’animation Azur et Asmar.

Le texte affirme que plusieurs parents se disent «étonnés que leurs enfants apprennent une chanson arabe à l’école». Trois d’entre eux seraient ainsi allés à la rencontre de l’institutrice concernée pour protester.
Certains refuseraient même que leurs enfants entonnent la berceuse pour la kermesse de fin d’année. «Nous parents, à l’heure où certaines catégories d’individus sifflent la Marseillaise, nous posons la question :
“Pourquoi ne pas, plutôt que des chants arabes, enseigner notre Marseillaise à nos enfants ?”, écrivent les auteurs anonymes.
Des propos qui ont choqué la communauté enseignante, qui a réagi par un courrier, ainsi que d’autres familles. L’inspection de l’Education nationale a quant à elle pris la défense de l’équipe pédagogique qui a projeté le film en octobre dernier aux élèves:
“Ce travail autour de la berceuse s’inscrit totalement dans le cadre de l’opération nationale baptisée “école et cinéma” qui rentre dans le cadre des projets sur l’ouverture au monde et aux cultures de l’éducation nationale et des programmes d’instruction civique”, a rappelé l’inspecteur Marcel Lotito.
Il y a quand même des parents qui mériteraient d’être mis au piquet pendant de longues heures. Il est tant que les peuples s’unissent dans leurs valeurs pour mieux se défendre car c’est avec ce genre de réactions que s’établit extrémisme.
Source : lefigaro.fr/flash-actu/